mardi 3 novembre 2020

La bataille de El-Herri (El Hri), un Isandhlwana français en terre zaïane (Maroc).

Qualifiée de "plus grande tragédie de l'histoire coloniale" (Le correspondant, Janvier 1928 Lien), occultée par les batailles du début de la Première Guerre mondiale, ce que l'on nomme parfois sous le doux euphémisme militaire de "l'affaire de Kenifra" est en fait la plus lourde défaite de l'armée française durant la conquête coloniale.

Figurines Minifigs et ATF 15mm




Les pertes françaises du 13 novembre 1914, au pied du Moyen Atlas, sont supérieures à la retraite de Lang Son (1885) ou à la bataille de Sidi Brahim (1845). Seule la conquête de Madagascar enregistre des pertes supérieure à la défaite de El-Herri mais du fait des maladies. En effet, Sur 21 600 hommes débarqués sur l'île, 5 756 resteront en terre malgache, dont 25 tués au combat et 5 731 morts de maladie, essentiellement de paludisme.

Commandement, Spahis et chasseurs d'Afrique 15mm,
(ces derniers ne sont pas présents durant cette bataille).

Le désastre militaire de El-Herri a des analogies avec la bataille d'Isandhlwana (1879) mais tient aussi de la bataille de Little Big Horn. En effet, il s'agissait pour le colonel Laverdure d'attaquer par surprise les douars du grand chef zaïan  Moha Ou Hammou Zayani. Spahis, goumiers à cheval et moghazenis parviendront à attaquer les vastes campements situés au-delà de l'oued Chebouka sans toutefois interdire une réaction des combattants zaïans et encore moins ceux des nombreux alliés berbères (Aït Ishaq, Aït Bou Haddou, Ichkern, Mrabtines) présents dans les djebels alentours du Moyen Atlas. Le colonel Laverdure fut surpris de se trouver si rapidement face à l'ennemi et il ne put prendre les dispositions appropriées.
La suite de l'histoire est celle d'une retraite organisée par échelons et par bonds successifs où l'artillerie française ne parvient pas à remplir pleinement son rôle et où l'infanterie, manquant de munitions, succombe submergée par le nombre et la pugnacité des guerriers berbères.

Croquis n° 1 Le Maroc septentrional en avril 1914
d'après Jean PICHON, Le Maroc au début de la guerre mondiale - El-Herri

"... à ce moment, le lieutenant Brazillach, arrivant bride abattue de l'arrière, cria aux cavaliers : "ordre du colonel; les spahis au galop dans les douars!"

... les broussailles, les piquets de tentes, les cordes de chevaux et de mulets, les troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres, qui abandonnés, erraient  à l'aventure en nombre considérable. Les deux pelotons furent ainsi complètement disloqués en quelques instants."

French spahis, Moroccan warriors15mm



Croquis n° 8 Bataille de El-Herri, situation des groupes vers 11h15 le 13 novembre1914
d'après Jean PICHON, Le Maroc au début de la guerre mondiale - El-Herri


Senegalese tirailleurs, Moroccan warriors 15mm


"... vers 9h15, suivis pas à pas par les Berbères, la 3e compagnie (de Tirailleurs sénégalais)
Pommier fit une vigoureuse charge à la baïonnette."


"11h00, les compagnies de tirailleurs algériens continuaient à résister vigoureusement à la pression exercée par l'ennemi sur la flanc est."

Algerian tirailleurs infantry, Moroccan warriors 15mm



Vers 11h15, l'arrière-garde (compagnies de tirailleurs sénégalais) est encerclée, les batteries sont diminuées ou à court de munition tandis que les officiers tombent un à un. L'attaque massive effectuée à hauteur du djebel Amira (voir carte ci-dessus) transforme la situation déjà très critique en hallali.

Senegalese tirailleurs infantry, Moroccan warriors


Combattants berbères et tirailleurs sénégalais, Minifgs Miniatures et ATF,15mm




Campagne du Maroc en 1914


Représentation idyllique d'un combat en Afrique.

Infanterie coloniale française, tirailleurs sénégalais et tirailleurs algériens 15mm

La colonne du colonel Laverdure se composait de quatre groupes:

Groupe A
-1 compagnie d'infanterie coloniale
- 1 batterie de 75
- 1 peloton de spahis
- 1 ambulance mobile et une section de conducteurs sénégalais

Groupe B
- 2 compagnies de tirailleurs algériens
- 1 batterie de 65 de montagne
-  1 moitié de peloton de spahis

Groupe C
- 2 compagnies de tirailleurs sénégalais
- 1 section de mitrailleuses
- 2 pelotons de spahis
- une section de goum à pied
- 1 ambulance mobile et un peloton de conducteurs sénégalais

Groupe D
- 2 compagnies de tirailleurs sénégalais
- 1 section de mitrailleuses
- 1 moitié de peloton de spahis
- une section de goum à pied
- 1 ambulance mobile et un peloton de conducteurs sénégalais

Total des effectifs avec les forces supplétives: 43 officiers et 1232 hommes.

Les pertes subies varient de 613 à 693 hommes selon les sources soit environ 50% des forces engagées auxquelles il faut ajouter 200 blessés environ.

Etat-major et Légion montée non présente à El-Herri.

"La bataille d’El Herri n’a pas eu de conséquence politique durable mais débuta une longue guerre. Marquant une défaite française face à la confédération Zayan qui refusait le protectorat français établi sur le Maroc en 1912, elle n’a pas empêché les troupes coloniales de vaincre la révolte (1914-1921), malgré la poursuite d’une guérilla dans les zones de montagne jusque dans les années 1930." Source.
Ajoutons enfin que la campagne du Maroc ne cessera quasiment jamais (1907-1937) et que dès l'après Seconde Guerre mondiale s'enclenchera le processus que mènera Le Mouvement national marocain à l'indépendance du Maroc en 1956.

Combattants berbères au Maroc

Nous allons pouvoir tester le version modifiée de "Désastres coloniaux" sur un scénario de la bataille de El-Herri.

Pour en savoir plus

Jean PICHON, Le Maroc au début de la guerre mondiale - El-Herri (Vendredi 13 noembre 1914), Librairue militaire Charles-Lavauzelle & Cie, Paris, Limoges, Nancy, 1936, 
Disponible en partie sur Gallica.bnf.fr, Lien

Article de Yassine BENARGANE, 13 novembre 1914 : La bataille historique d'El Hri et la victoire d'Ouhammou Zayan,13/11/2018 sur le site Yabidali Lien

Forum Pages 14-18, Les combattants et l'histoire de la Grande Guerre, Lien

Ajout le 13 novembre 2020

J'ai poursuivi mes recherches sur la France au Maroc à partir de 1908 et jusqu'à la Première Guerre mondiale, deux livres sont apparus à moi comme ayant un réel intérêt:

Odile Moreau, LA TURQUIE DANS LA GRANDE GUERRE 1914-1918 ; DE L'EMPIRE OTTOMAN À LA RÉPUBLIQUE DE TURQUIE, Soteca/Belin, janvier 2016 Lien



J'ai acheté les deux livres d'occasion et j'ai reçu et lu le premier. L'ouvrage d'Odile Moreau est d'une richesse folle même si la lecture en est parfois malaisée. J'ai beaucoup appris notamment sur les Services spéciaux turcs - Teskilat-i-Mahsusa -, la guerre sainte et la propagande, les problèmes de logistique et l'épineux problème du recrutement et de la désertion au sein de l'armée ottomane.

Il me semble que les pages (Les Arméniens ottomans p. 205-211) consacrées au génocide des Arméniens laissent la part belle à la version turque sans toutefois tomber dans le négationnisme. Est-ce une concession afin de pouvoir accès aux sources turques ?
On comprend que le parti Unité et progrès et donc le gouvernement ottoman disposait avec ses Services spéciaux d'un outil précieux et indispensable dans la mise en œuvre du génocide même si le lien n'est pas exposé directement par l'autrice.

Ajoutons que la bibliographie est impressionnante, 30 pages! Cela assure à ce livre une épaisseur, un sérieux et une originalité incontestable. L'ouvrage laisse cependant une part minime aux opérations militaires et néglige le front européen en Thrace turque. L'ensemble laisse aussi l'impression d'une certaine rapidité d'exécution. Enfin, en le lisant, j'ai découvert un autre ouvrage dont voici les références:

Francesco Correale, 
LA GRANDE GUERRE DES TRAFIQUANTS Le front colonial de l'Occident maghrébin, L'Harmattan, avril 2014 Lien et extraits

Ludiquement

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6 commentaires:

  1. Fascinating and informative! Look forward to seeing the game and learning more about the rules.

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  2. Très bel article, fort bien illustré et narré...Un réel plaisir!
    Salutations,

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  3. Tu as éveillé ma curiosité...je viens d'acheter le livre de J. PICHON. Merci!

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  4. Merci pour un article très intéressant autour la histoire et aussi les figurines/le jeu!
    Cordialement, James

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  5. Superbe article, ça m'a donné envie d'en savoir plus. Ca y'est pour Désastres Coloniaux, j'ai sorti les cartes et les marqueurs, tout est enfin prêt...juste à temps pour être confiné à nouveau :(

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  6. Merci, je ne connaissais pas cet épisode de la campagne du Maroc. Bravo

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